Réunis à Abidjan les 25 et 26 février 2026, les acteurs de la filière café-cacao ont ouvert la première Assemblée plénière de la Plateforme nationale de coordination des initiatives d’agroforesterie. Au centre des échanges : le lancement de l’Initiative « Cacao Carbone+ », présentée comme un levier stratégique pour concilier préservation des forêts, revenus des producteurs et compétitivité internationale de la Côte d’Ivoire.
La Côte d’Ivoire amorce un tournant stratégique pour son agriculture. À Abidjan, pouvoirs publics, régulateurs, partenaires techniques et représentants du secteur privé se sont réunis pour jeter les bases d’une gouvernance unifiée en matière d’agroforesterie et de projets carbone dans la filière café-cacao.
Cette première Assemblée plénière de la Plateforme nationale de coordination des initiatives d’agroforesterie intervient dans un contexte marqué par l’urgence climatique et la pression internationale croissante en faveur de chaînes d’approvisionnement durables.
Un défi environnemental majeur
Le constat est connu mais reste alarmant : en l’espace de 60 ans, la Côte d’Ivoire a perdu près de 80 % de son couvert forestier. L’expansion agricole, notamment celle du cacao, a largement contribué à cette déforestation.
Or, le cacao constitue un pilier de l’économie nationale. Premier producteur mondial, le pays tire environ 15 % de son produit intérieur brut de cette filière, qui fait vivre près de cinq millions de personnes.
Face à cette équation complexe — préserver les forêts tout en sécurisant les revenus des producteurs — les autorités ivoiriennes ont opté pour une stratégie fondée sur l’agroforesterie et la valorisation du carbone.
Une plateforme pour coordonner les efforts
À l’ouverture des travaux, Wahatami Coulibaly, représentant le directeur général du Conseil du Cafe-Cacao, a insisté sur la nécessité de mettre fin à la dispersion des initiatives.
« Notre ambition est de maximiser l’impact collectif et d’éviter la dispersion de nos efforts », a-t-il déclaré. Selon lui, la plateforme doit permettre d’harmoniser les données, d’améliorer la traçabilité des projets et de renforcer la visibilité des actions menées sur le terrain.
Au-delà de la coordination technique, l’enjeu porte également sur la gouvernance, le financement et l’inclusion des producteurs. Les orientations adoptées pour 2026 devront poser les bases d’une action structurée et durable.
Une transition devenue incontournable
Pour Ernest Atta, intervenant au nom du ministère de l’Agriculture, le modèle agricole extensif a atteint ses limites. L’épuisement des sols, la raréfaction des terres cultivables et la pression foncière rendent indispensable un changement de paradigme.
L’agroforesterie, qui consiste à associer arbres et cultures sur une même parcelle, apparaît comme une solution adaptée. Elle permet de restaurer la fertilité des sols, de protéger la biodiversité et d’améliorer la résilience des exploitations face aux chocs climatiques.
Cette transition est désormais présentée comme une priorité nationale. Elle répond à la fois aux exigences environnementales internationales et aux besoins économiques des producteurs.
« Cacao Carbone+ », un levier financier inédit
Point d’orgue de cette rencontre, le lancement officiel de l’Initiative « Cacao Carbone+ », prévu le 26 février, ambitionne de transformer la protection des forêts en opportunité économique.
Le principe est simple : valoriser les efforts de reforestation et de réduction des émissions à travers le marché carbone. Les producteurs engagés dans des pratiques agroforestières pourraient ainsi bénéficier de revenus supplémentaires issus de la vente de crédits carbone.
Pour Blerta Cela, représentante du Programme des Nations unies pour le developpement (PNUD) en Côte d’Ivoire, le marché carbone constitue une « opportunité historique pour multiplier les investissements ».
Elle met toutefois en garde contre le risque de fragmentation en l’absence de cadre clair. « Cacao Carbone+ apporte une gouvernance structurée et un partage équitable des bénéfices », a-t-elle souligné.
Une réglementation déjà opérationnelle
Du côté du régulateur, la dynamique est enclenchée. Patricia Assamoi, directrice adjointe en charge de la Recherche et du changement climatique au Conseil du Cafe-Cacao, a indiqué que le cadre réglementaire est déjà en place grâce au Bureau marché carbone.
L’objectif est d’assurer la transparence des transactions et de garantir que les gains issus du carbone bénéficient en priorité aux producteurs. La question de la répartition équitable des revenus reste centrale.
Pour les autorités ivoiriennes, il ne s’agit pas seulement de capter de nouveaux financements, mais de bâtir un modèle où le planteur devient le premier bénéficiaire de ses efforts de reforestation.
Vers un nouveau modèle de compétitivité
À travers cette initiative, la Côte d’Ivoire cherche à consolider sa position de leader mondial du cacao tout en répondant aux exigences environnementales des marchés internationaux.
La durabilité devient un facteur clé de compétitivité. Dans un contexte où les réglementations européennes sur la déforestation se renforcent, la capacité à démontrer la traçabilité et l’impact environnemental positif des productions représente un atout stratégique.
Le lancement de « Cacao Carbone+ » marque ainsi l’engagement conjoint de l’État, des chercheurs et du secteur privé en faveur d’une agriculture à la fois productive et respectueuse des écosystèmes.
En misant sur l’agroforesterie et la valorisation du carbone, la Côte d’Ivoire entend prouver qu’il est possible de concilier croissance économique et préservation du patrimoine forestier. Une ambition qui pourrait redéfinir durablement l’avenir de sa principale filière d’exportation.
I.inter

