UNJCI : Chronique d’un congrès sous tension à la Maison de la Presse

Vues 6 779
Ce qui devait être un simple congrès extraordinaire s’est transformé, le mercredi 25 février 2026, en scène de tumulte à la Maison de la Presse d’Abidjan(MPA). À l’issue d’échanges houleux et d’un vote contesté, la prorogation des instances de l’Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI) a été proclamée dans un climat électrique. Récit d’une journée où la parole a parfois cédé la place aux bousculades.
Il était à peine 10 heures lorsque les premiers congressistes ont pris place dans la grande salle de la Maison de la Presse d’Abidjan. À l’extérieur, policiers et gendarmes veillaient déjà. À l’intérieur, les regards se croisaient, lourds de méfiance. Le congrès extraordinaire convoqué par le Conseil d’administration de l’Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI) ne s’annonçait pas de tout repos.
Très vite, la tension est montée d’un cran.
À l’ouverture des travaux, Bertin N’Guessan, président du Conseil d’administration, a pris la parole pour justifier la tenue de cette session. Selon lui, l’organisation faisait face à une « paralysie totale du Conseil exécutif ». Les mandats des instances arrivant à expiration le 26 février à minuit, il a invoqué l’article 15 des statuts pour assurer, dit-il, la continuité institutionnelle.
Mais dans la salle, plusieurs voix se sont élevées pour contester la légalité même du congrès.
Une convocation contestée
Des congressistes ont dénoncé une convocation jugée irrégulière. D’autres ont pointé l’absence d’un bureau du congrès pour encadrer les débats. Les micros ont circulé, parfois arrachés. Les prises de parole se sont succédé dans un climat de plus en plus tendu.
Les échanges, d’abord vifs, ont fini par dégénérer en cris et en bousculades.
Des altercations physiques ont éclaté entre confrères. Selon des témoins, au moins une personne aurait été blessée légèrement. Les forces de l’ordre présentes ont tenté de ramener le calme, sans succès immédiat. La salle s’est transformée en un brouhaha difficilement contrôlable.
Le symbole était fort : dans un lieu dédié à la liberté d’expression, la confrontation prenait le dessus sur le débat.
Un vote expéditif
Malgré le désordre ambiant, la séance ne s’est pas interrompue.
Un vote à main levée a été organisé pour décider du maintien du mandat de Jean Claude Coulibaly à la tête de l’organisation. Aucun comptage formel n’a été effectué. Les opposants, dénonçant une procédure unilatérale, ont contesté la validité du scrutin.
Sans attendre un consensus ou un décompte précis, Bertin N’Guessan a proclamé la prorogation acquise.
Cette annonce a provoqué une nouvelle vague de protestations. Plusieurs congressistes ont quitté la salle, dénonçant ce qu’ils considèrent comme une décision imposée. L’intervention des forces de sécurité est alors devenue nécessaire pour procéder à l’évacuation des lieux.
Une décision sous contestation
En soirée, un communiqué signé du président du Conseil d’administration a officialisé la prorogation des instances de l’UNJCI. Mais pour une partie importante des membres, la décision demeure sans fondement juridique.
Félix Bony, figure du collectif d’opposants, n’a pas tardé à réagir :
« À partir de ce soir, à zéro heure, les instances n’existent plus. Qui proroge quoi ? »
La justice, déjà saisie par les contestataires, s’était déclarée incompétente pour entériner une telle prorogation. Ce qui laisse l’organisation dans une zone grise institutionnelle.
Une crise ouverte
Au-delà des incidents, cette journée marque un tournant délicat pour l’UNJCI. L’organisation, censée défendre les principes de déontologie, d’éthique et de solidarité professionnelle, se retrouve confrontée à une crise interne majeure.
Les prochaines semaines seront déterminantes. Les camps opposés semblent décidés à faire valoir leurs positions, sur le terrain juridique comme médiatique.
En attendant, la question reste entière : comment restaurer la confiance et l’unité au sein d’une corporation déjà confrontée à de nombreux défis ?
Mercredi, à la Maison de la Presse d’Abidjan, ce n’est pas seulement un mandat qui s’est joué. C’est l’image d’une profession, attachée au débat et à la règle, qui s’est retrouvée au cœur d’une tempête dont l’issue demeure incertaine.
Tadina Christina
