Foncier agro-industriel en Côte d’Ivoire : État, secteur privé et chefs traditionnels en conclave à Grand-Bassam pour lever les blocages

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À Grand-Bassam, à une quarantaine de kilomètres au sud-est d’Abidjan, les principaux acteurs publics et privés se sont réunis pour s’attaquer à un chantier stratégique : la sécurisation du foncier des entreprises agro-industrielles en Côte d’Ivoire. Entre pression urbaine, conflits coutumiers et lourdeurs administratives, l’accès au foncier demeure un frein majeur à l’investissement et à l’industrialisation.
Le foncier, maillon clé de l’agro-industrie ivoirienne
L’atelier, initié par le Comité de concertation État-Secteur privé (CCESP), vise à trouver des solutions concrètes pour sécuriser les terrains destinés aux activités agro-industrielles. L’enjeu est de taille : l’agriculture représente environ 25 % du PIB national et demeure le pilier de l’économie ivoirienne.
Autour de la table, des représentants du patronat, notamment la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), l’Union des grandes entreprises industrielles de Côte d’Ivoire (UGECI) et le Centre ivoirien de recherches économiques et sociales (CIRES), ont échangé avec les autorités administratives et les représentants de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels. Une présence symbolique forte, dans un contexte où les droits coutumiers jouent un rôle central dans la gestion des terres.
Insécurité foncière et pression urbaine : des freins à l’investissement
La secrétaire exécutive du CCESP, Mariam Fadiga Fofana, a rappelé l’urgence d’agir. Selon elle, l’accès sécurisé au foncier constitue une condition essentielle pour réussir la transformation structurelle de l’économie ivoirienne.
Pour le secteur privé, le diagnostic est clair : sans terrain sécurisé, il n’y a ni usine, ni transformation locale, ni création de valeur ajoutée. Stéphane Aka-Anghui, directeur exécutif de la CGECI, a souligné que le foncier représente la « première brique » de tout modèle économique. La terre, a-t-il insisté, sert également de garantie pour accéder aux financements bancaires.
Les entreprises agro-industrielles font face à un triple défi : l’insécurité juridique des parcelles, la pression urbaine qui réduit progressivement les zones d’exploitation et la complexité liée à la coexistence entre droit moderne et droits coutumiers.
Une Taskforce pour accélérer la sécurisation du foncier industriel
Face à ces contraintes, le gouvernement entend renforcer son dispositif. Mathurin Bombo, représentant le ministre du Commerce et de l’Industrie, a annoncé la mise en place d’une Taskforce dédiée au foncier industriel.
Cette structure regroupera l’ensemble des parties prenantes afin de fluidifier les procédures administratives et d’accélérer la mise à disposition de terrains viabilisés. Un rôle central sera confié à la Société de Gestion et de Développement des Infrastructures Industrielles (SOGEDI), chargée de l’aménagement et de la gestion des zones industrielles.
L’objectif affiché est ambitieux : passer d’une agriculture majoritairement tournée vers l’exportation de matières premières à une agro-industrie de transformation capable de générer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
Vers un cadre plus stable pour l’investissement agro-industriel
Au terme des trois jours de travaux à Grand-Bassam, des recommandations devraient être formulées afin de proposer un cadre législatif et opérationnel plus lisible. L’enjeu est de concilier le droit moderne avec le respect des communautés locales, tout en offrant aux investisseurs un environnement sécurisé et prévisible.
Dans un contexte de concurrence régionale accrue pour attirer les capitaux, la sécurisation du foncier agro-industriel apparaît comme un levier stratégique pour accélérer l’industrialisation de la Côte d’Ivoire.
En plaçant la question foncière au cœur du dialogue entre l’État, le secteur privé et les autorités traditionnelles, les participants espèrent lever un verrou structurel et poser les bases d’une agro-industrie plus compétitive, inclusive et durable.
I.inter
