Abidjan : « Éclats de Couleurs », une exposition qui interroge la société à la Rotonde des Arts

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La galerie Rotonde des Arts, située au Plateau, a rouvert ses portes au public avec le vernissage de l’exposition « Éclats de Couleurs ». À travers les œuvres des artistes plasticiens Franck‑Philippe N’Dia et Ceko Nihckasson Diabaté, cette exposition met en lumière des thématiques sociales, politiques et culturelles qui traversent les sociétés africaines contemporaines.

Une réouverture artistique marquée par un dialogue entre deux univers

La galerie Rotonde des Arts, installée au Plazat Nour Al Hayat dans le quartier du Plateau, a accueilli, le mercredi 4 mars 2026, le vernissage de l’exposition « Éclats de Couleurs », marquant ainsi sa réouverture officielle.

L’événement a réuni un public composé d’amateurs d’art, de critiques et d’acteurs culturels venus découvrir les créations de deux artistes ivoiriens dont les démarches artistiques, bien que différentes, dialoguent autour d’un même sujet : la société.

Les plasticiens Franck‑Philippe N’Dia et Ceko Nihckasson Diabaté proposent en effet une exploration visuelle des réalités sociales africaines à travers des matériaux variés et une esthétique contemporaine.

Une exposition saluée pour sa complémentarité artistique

Le directeur général de la Rotonde des Arts, le professeur Yakouba Koné, a salué la richesse artistique de cette exposition qui met en lumière deux sensibilités différentes mais complémentaires.

Selon lui, l’univers de Ceko Nihckasson Diabaté s’inscrit dans une approche plus brute et directe, tandis que celui de Franck-Philippe N’Dia relève d’une construction esthétique plus élaborée.

Malgré ces différences, les deux artistes partagent un même point d’ancrage : la rue et les réalités du quotidien. Leurs œuvres s’inspirent en effet des paroles, des scènes de vie et des matériaux issus de l’environnement urbain.

Pour le professeur Yakouba Koné, cette complémentarité artistique témoigne de la vitalité de la scène contemporaine ivoirienne. Il a estimé que l’art doit avant tout rester connecté aux réalités sociales et contribuer à mieux comprendre les transformations des sociétés.

Ceko Nihckasson Diabaté : l’art comme miroir critique de la société

Le travail artistique de Ceko Nihckasson Diabaté s’inscrit dans une approche engagée, inspirée notamment du courant artistique Arte Povera, qui valorise l’utilisation de matériaux simples ou recyclés.

Dans ses œuvres, l’artiste combine texte, images et matières afin de produire un discours visuel qui interpelle le spectateur sur plusieurs réalités sociales : pauvreté urbaine, marginalisation des jeunes, dérives politiques ou encore manipulation religieuse.

Certaines créations abordent également la question sensible de la protection des enfants dans un contexte marqué par des tensions politiques.

À travers ses toiles et installations, l’artiste souhaite ainsi provoquer la réflexion et susciter le débat autour des défis auxquels font face les sociétés africaines.

Franck-Philippe N’Dia : quand l’ingénierie rencontre la création artistique

À côté de cette approche critique, Franck‑Philippe N’Dia propose une démarche artistique originale qui mêle science, design et expression plastique.

Inspiré par les travaux de l’artiste nigéro-britannique Yinka Shonibare, connu pour ses créations intégrant le textile africain dans des compositions historiques et contemporaines, N’Dia explore les possibilités artistiques du tissu wax.

Toutefois, il s’en démarque en transformant le textile en un véritable matériau de construction visuelle, au-delà de son simple usage vestimentaire.

Ingénieur de formation, l’artiste revendique une double identité où se rencontrent rigueur scientifique et liberté créative. Selon lui, cette dualité nourrit son processus artistique et permet de développer une approche esthétique singulière.

Depuis plusieurs années, il travaille ainsi à faire dialoguer ces deux univers afin de produire des œuvres qui interrogent à la fois l’identité, la mémoire et la culture.

Tadina Christina