Électricité à Abidjan : quand la croissance rattrape le réseau

Vues 3 970

Les fréquentes coupures à Abidjan révèlent les limites du système électrique ivoirien et appellent à une réforme structurelle pour accompagner l’essor économique et démographique de la capitale.

Depuis le début de l’année, Abidjan vit au rythme des interruptions électriques, touchant tant les foyers que les entreprises. La Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) parle d’une « crise de croissance » : la demande, stimulée par une urbanisation accélérée et le développement industriel, dépasse désormais les capacités du réseau.

Le District d’Abidjan, avec ses nouveaux grands projets et ses six zones industrielles, consomme chaque jour davantage. Selon Noumory Sidibé, directeur général de CI-Énergies, la consommation a enregistré une hausse record de 14 % en février, alimentée par la chaleur et l’augmentation du nombre d’abonnés, passé de 1 à 5 millions en vingt ans.

Malgré des investissements massifs, estimés à plus de 15 milliards d’euros entre 2011 et 2025 pour renforcer la production et le transport de l’électricité, la ville reste sous pression. La capacité actuelle de 3 200 MW n’est pas suffisante pour répondre aux besoins croissants, et les lignes de transport existantes peinent à fluidifier le courant. Le scénario se traduit par des délestages cycliques et un rationnement ponctuel, perturbant l’activité économique et la vie quotidienne.

Le problème ne se limite pas aux infrastructures. La Côte d’Ivoire reste très dépendante du thermique et de l’hydraulique, les énergies renouvelables ne représentant que 10 % du mix, loin des objectifs de 45 %. Par ailleurs, la gestion centralisée du secteur sous le ministère des Mines et du Pétrole ralentit la réactivité face aux crises. Plusieurs experts militent pour la création d’un ministère dédié à l’énergie, capable de piloter une transition énergétique cohérente et de mieux planifier les investissements.

Abidjan illustre le paradoxe du succès ivoirien : démocratiser l’accès à l’électricité tout en exposant le réseau à ses limites. Le défi est désormais clair : il faudra conjuguer développement urbain, innovation technique et gouvernance efficace pour éviter que la capitale économique ne reste en permanence sous tension.

I.inter