Budget 2026 : Après le choc à l’Assemblée, le Sénat devient le dernier rempart

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Le rejet fracassant de la partie « recettes » du projet de loi de finances 2026 par l’Assemblée nationale a plongé la procédure budgétaire dans une zone de turbulences rarement atteinte sous la Ve République. Avec 404 voix contre une seule, l’hémicycle a renvoyé le texte à son point de départ. Désormais, c’est le Sénat qui se retrouve en première ligne, chargé de relancer une machine institutionnelle grippée.

Un calendrier serré, une mécanique institutionnelle sous tension

Dès le 24 novembre, la Commission des finances du Sénat ouvre l’examen de la partie recettes. Trois jours plus tard, le 27, les débats en séance s’engagent. Le vote est programmé pour le 4 décembre, avant que ne commencent l’étude des dépenses le 5 et le vote solennel du 15 décembre.

À partir de cette date, une Commission mixte paritaire (CMP) pourra être réunie. Si elle échoue, le texte retournera à l’Assemblée — mais le compte à rebours restera le même : le Parlement n’a que 70 jours pour adopter le budget, soit jusqu’au 23 décembre à minuit.

À défaut d’accord, le gouvernement pourra alors légiférer par ordonnances. En parallèle, le 19 décembre reste la date théorique pour déposer un projet de loi spéciale visant à proroger le budget 2025. Le Conseil constitutionnel, lui, devra trancher avant une promulgation impérative le 31 décembre.

Un séisme politique qui redistribue les rôles

Le rejet du PLF constitue un signal politique d’une rare intensité. Durant quatre semaines, l’Assemblée avait multiplié les échanges : 125 heures de débats, plus de 2 200 amendements examinés. Pour finir sur une rupture totale.

Dans les réactions, le ton est grave.
Nicolas Dupont-Aignan parle d’une Assemblée « paralysée » et appelle à un changement politique majeur.
Florian Philippot dénonce un gouvernement « déconnecté », estimant qu’il aurait dû démissionner.
Guillaume Kasbarian, lui, critique une orientation fiscale qu’il juge « punitive » pour les ménages et les entreprises.

Seule voix dissonante : Harold Huwart (Liot), unique député à soutenir le budget. Défendant une ligne sociale-démocrate assumée, il se démarque dans un hémicycle quasi unanimement opposé.

Un texte remis à zéro, une carte blanche offerte au Sénat

Le rejet de la partie recettes efface mécaniquement toutes les modifications adoptées en première lecture. C’est la version d’origine — sans taxe sur les multinationales, avec le retour du gel du barème de l’impôt sur le revenu — qui arrive au Sénat. Une situation qui offre à la Chambre haute un rôle décisif.

Le Sénat devra arbitrer, corriger, réécrire. Ses choix pèseront lourdement sur la fin de la procédure, alors que le gouvernement tente de reprendre la main et que l’opposition cherche à transformer le rejet en preuve d’un affaiblissement politique majeur.

Les prochaines semaines pourraient ainsi redessiner les rapports de force institutionnels et influencer la dynamique politique à l’approche des échéances de 2027.

Tadina Christina