Téléphonie: Coris Bank relance malgré elle le débat explosif sur l’accès aux API télécoms

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Il aura suffi d’un visuel bleu et blanc publié sur Facebook pour réactiver un dossier que beaucoup pensaient assoupi. En annonçant l’achat de crédit téléphonique « sur tous les réseaux, sans frais », Coris Bank International Côte d’Ivoire a, sans le vouloir, remis sous les projecteurs un conflit profond qui oppose depuis cinq ans Wave Mobile Money aux opérateurs télécoms.
En quelques heures, la publication se transforme en affaire nationale : les internautes s’interrogent, les critiques fusent et la banque doit justifier son dispositif technique, présenté comme « conforme aux standards en vigueur ». Mais pour de nombreux observateurs, cette clarification ne répond pas à l’essentiel : comment Coris a-t-elle obtenu l’accès aux API alors que Wave l’attend toujours ?
Une bataille technique qui cache un bras de fer économique
L’origine du contentieux remonte à 2021. Wave souhaite alors intégrer l’achat de crédit téléphonique, comme elle le fait déjà au Sénégal, au Mali ou au Burkina Faso. Pour cela, elle demande l’accès aux API d’Orange, de MTN et de Moov Africa.
Réponse : refus.
La fintech saisit l’ARTCI pour pratiques anticoncurrentielles. Après une audience publique en mars 2025, puis une rencontre en septembre, une décision était attendue en novembre… avant un nouveau report. Depuis, le dossier reste sans issue.
Les opérateurs affirment que la vente d’unités est un « service financier », hors de la juridiction de l’ARTCI. Wave réplique que leurs propres filiales financières vendent des crédits depuis des années.
Un marché où chaque point de pourcentage compte
Ce blocage s’explique par l’importance stratégique du secteur :
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60,5 millions d’abonnés mobiles
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27,7 millions de comptes mobile money
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plus de 100 milliards de FCFA de revenus trimestriels
Le crédit téléphonique demeure une manne financière essentielle.
Ouvrir ce marché à Wave reviendrait à introduire un acteur dont le modèle économique repose sur la réduction drastique des coûts — un rappel douloureux de la « guerre du 1 % » menée en 2021, quand la fintech avait contraint tout un secteur à revoir ses tarifs.
Des infrastructures coûteuses, un accès disputé
Autre point de friction : les investissements.
Les opérateurs estiment que Wave veut accéder à des systèmes complexes qu’elle n’a pas contribué à financer.
Wave soutient que l’API n’est pas un équipement, mais un service, qui ne peut être refusé sans justification technique ou juridique.
Un régulateur sous pression
Pris entre des camps puissants, l’ARTCI avance à petits pas. Ses reports successifs nourrissent les soupçons :
pour certains, l’autorité « ménage » les opérateurs ; pour d’autres, c’est l’appareil administratif qui s’enlise.
Une certitude demeure : tant que le régulateur ne tranchera pas, le débat continuera de s’envenimer.
Et l’affaire Coris Bank, loin d’être anecdotique, pourrait bien marquer un tournant dans cette longue bataille.
I.Inter
