Dissolution de la CEI : le bilan revendiqué d’Ibrahime Kuibiert-Coulibaly relance le débat sur l’héritage électoral ivoirien

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Au moment de tourner la page de son mandat à la tête de la Commission électorale indépendante (CEI), Ibrahime Kuibiert-Coulibaly choisit la solennité, mais aussi la revendication politique. Quelques instants après la dissolution de l’institution qu’il dirigeait, l’ex-président de la CEI a livré, selon des propos rapportés par Soir Info ce jeudi 7 mai 2026, une lecture hautement assumée de son passage à la tête de l’organe chargé des élections en Côte d’Ivoire : celle d’une mission accomplie, d’un travail jugé satisfaisant, et surtout d’un rôle qu’il estime déterminant dans la stabilité nationale.

Réunis à Assinie dans le cadre d’un atelier-bilan de fin de cycle, les responsables de la CEI ont procédé à une évaluation de l’ensemble du processus électoral mené sous sa direction. Dans ce contexte, Ibrahime Kuibiert-Coulibaly a tenu à défendre le bilan de son équipe avec une déclaration forte : « Le bilan est satisfaisant. Nous avons bien travaillé. Nous avons sauvé la Côte d’Ivoire. »

Cette formule, particulièrement marquante, dépasse le simple exercice administratif. Elle inscrit son mandat dans une dimension historique et sécuritaire, en suggérant que la CEI, malgré les tensions, les critiques et les contestations récurrentes, aurait constitué un rempart contre une possible déstabilisation du pays.

Une sortie entre autosatisfaction et message politique

Dans un pays où chaque séquence électorale reste étroitement liée aux enjeux de paix sociale, la déclaration d’Ibrahime Kuibiert-Coulibaly n’est pas anodine. En affirmant que son équipe a « sauvé la Côte d’Ivoire », l’ancien président de la CEI place son action bien au-delà de l’organisation technique des scrutins. Il revendique implicitement une responsabilité dans la préservation de l’ordre institutionnel au cours d’une période politiquement sensible.

Cette posture peut être lue de deux manières : pour ses soutiens, elle traduit la conscience d’avoir mené à bien une mission délicate dans un environnement sous haute tension ; pour ses détracteurs, elle pourrait apparaître comme une affirmation contestable dans un contexte où la CEI a souvent été critiquée par une partie de l’opposition sur son impartialité, sa composition ou sa gestion des crises électorales.

Le poids d’un bilan sous surveillance

L’atelier organisé à Assinie, du 6 au 8 mai, intervient dans une séquence symbolique : celle de la fin d’un cycle électoral et de la redéfinition possible des mécanismes institutionnels à venir. En appelant ses collaborateurs à poursuivre leur mission avec rigueur, Ibrahime Kuibiert-Coulibaly semble aussi vouloir inscrire son passage dans une continuité institutionnelle, comme pour rappeler que la CEI reste, malgré les controverses, un pilier central de l’architecture démocratique ivoirienne.

Son discours de gratitude envers Dieu et ses équipes révèle également une volonté de sacraliser l’effort collectif accompli, tout en soulignant la pression ayant entouré son mandat. Sa phrase — « Dieu seul sait qu’on vient de loin » — laisse transparaître les difficultés, les tensions et peut-être les crises évitées en coulisses.

Quel héritage pour l’après-Kuibiert ?

La dissolution de la CEI, dans ce contexte, ne signifie pas seulement une fin administrative ; elle ouvre aussi une phase d’interrogation sur l’avenir du système électoral ivoirien. Le départ de Kuibiert-Coulibaly pose la question de l’évaluation réelle de son héritage : a-t-il consolidé la confiance démocratique ou simplement assuré une stabilité institutionnelle contestée ?

Alors que la Côte d’Ivoire demeure marquée par la sensibilité extrême de ses échéances électorales, son bilan restera sans doute soumis à des lectures opposées, entre reconnaissance institutionnelle et critique politique.

Une page se ferme, le débat demeure

En définitive, la sortie d’Ibrahime Kuibiert-Coulibaly ne clôt pas seulement un mandat ; elle relance le débat sur la gouvernance électorale, la crédibilité institutionnelle et la capacité de la CEI à incarner une neutralité incontestée dans un paysage politique polarisé.

À Assinie, l’ancien patron de la Commission électorale a voulu imposer son récit : celui d’une équipe ayant accompli sa mission avec succès. Mais dans l’arène politique ivoirienne, l’histoire d’une institution électorale ne se résume jamais à son propre bilan ; elle se mesure aussi à la confiance qu’elle inspire durablement aux acteurs politiques et aux citoyens.

I.inter