Filière cacao : face à la chute des prix, le gouvernement ivoirien mise sur la stabilisation et la transparence

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Le délégué régional du Conseil du café-cacao pour l’Indénié-Djuablin, Kangouté Yaya, a conduit du 25 mars au 10 avril 2026 une campagne de sensibilisation à Abengourou, Bettié et Agnibilékrou. Objectif : rassurer les acteurs de la commercialisation intérieure dans un contexte de fortes turbulences du marché mondial du cacao.
Une crise des prix aux causes externes
S’exprimant le 20 avril à Abengourou, Kangouté Yaya a reconnu l’ampleur de la baisse des cours internationaux, évoquant une chute brutale ayant ramené le prix du cacao jusqu’à 1 650 FCFA/kg en quelques mois. Cette situation, attribuée notamment aux mouvements spéculatifs et au ralentissement des achats, a entraîné une tendance baissière globale estimée à près de 70 % depuis octobre 2025.
Dans ce contexte, le prix minimum garanti actuel de 1 200 FCFA/kg, initialement projeté à des niveaux plus bas, a été maintenu grâce à l’intervention de l’État.
Un effort public pour soutenir les producteurs
Face à cette conjoncture, les autorités ivoiriennes ont activé plusieurs leviers, dont le fonds de stabilisation. L’État a mobilisé 231 milliards de FCFA pour soutenir le prix garanti durant la campagne intermédiaire 2025-2026.
Le président de la République, Alassane Ouattara, a ainsi fait le choix de ne pas faire supporter aux seuls producteurs les effets de la crise, dans une filière qui compte plus d’un million d’acteurs et couvre plus de trois millions d’hectares.
Par ailleurs, 280 milliards de FCFA ont été engagés pour racheter 123 000 tonnes de stocks résiduels, dont environ 80 % ont déjà été absorbés.
Transparence et modernisation du système
Pour améliorer la traçabilité et garantir le paiement effectif du prix bord champ, le Conseil du café-cacao a renforcé son dispositif numérique. Le paiement s’effectue désormais via la carte du producteur, intégrée à un système national de traçabilité.
À ce jour, près de 900 000 producteurs ont été enrôlés et plus de 2 300 coopératives et acheteurs sont connectés à ce mécanisme.
Adaptation aux mutations climatiques et du marché
La filière doit également composer avec des changements climatiques qui modifient les cycles de production. Les récoltes deviennent plus précoces et moins prévisibles, conduisant à une réorganisation du calendrier agricole.
Désormais, l’ouverture des campagnes est anticipée : septembre pour la grande campagne et mars pour la petite, afin de mieux répondre aux besoins des producteurs, notamment en période de rentrée scolaire.
Stabilité et prudence dans les réformes
Dans un environnement jugé instable, Kangouté Yaya a appelé à éviter toute réforme précipitée. Il a insisté sur la nécessité de consolider les acquis et de renforcer la résilience de la filière.
« Notre cap reste inchangé : sécuriser les revenus des planteurs, moderniser la filière et préserver la souveraineté économique », a-t-il affirmé.
Une couverture régionale stratégique
La délégation régionale basée à Abengourou supervise les régions de l’Indénié-Djuablin et du Gontougo, incluant notamment Bondoukou et Tanda. Elle assure le suivi de la commercialisation, la distribution des cartes de producteurs et le contrôle des coopératives, au cœur d’un dispositif clé pour la régulation de la filière cacao en Côte d’Ivoire.
Solo Muna
