Monnaie unique de la CEDEAO : le PPA-CI plaide pour une approche progressive avant le lancement de l’ECO

Vues 4 079

 

Le projet de monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a franchi une nouvelle étape avec la décision des chefs d’État et de gouvernement d’engager un lancement progressif de l’ECO à partir de 2027. Réunis le 19 juillet 2026 à Freetown, en Sierra Leone, lors de leur 69ᵉ session ordinaire, les dirigeants ouest-africains ont retenu le principe d’une mise en œuvre par vagues, réservée dans un premier temps aux pays remplissant les critères de convergence.

Cette nouvelle orientation suscite toutefois des interrogations. En Côte d’Ivoire, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) estime que les conditions économiques nécessaires à une union monétaire durable ne sont pas encore réunies.

Dans une analyse publiée après le sommet, Katinan Koné, cadre du parti et ancien ministre du Budget, juge que l’ECO constitue une ambition légitime mais prématurée. Selon lui, la région devrait privilégier, dans un premier temps, une monnaie commune de règlement, avant d’envisager une monnaie unique appelée à remplacer les devises nationales.

Une convergence jugée insuffisante

Le responsable du PPA-CI remet d’abord en cause les critères retenus par la CEDEAO pour mesurer la convergence économique. Inspirés du modèle européen, ils accorderaient une place prépondérante au respect d’un déficit budgétaire inférieur à 3 % du PIB, un indicateur qui, selon lui, peut être influencé par des ajustements comptables sans refléter la solidité réelle des économies.

Il souligne également la faiblesse persistante des échanges commerciaux entre les États membres, qui représentent moins de 15 % du commerce total de la région. À cette situation s’ajoutent des insuffisances structurelles : réseaux routiers et ferroviaires limités, barrières administratives, coûts logistiques élevés et dépendance aux exportations de matières premières destinées aux marchés extérieurs.

« Une monnaie ne fabrique pas des routes », résume-t-il, estimant qu’une union monétaire ne peut produire pleinement ses effets qu’au sein d’un espace économique déjà fortement intégré.

Des économies aux trajectoires différentes

Le PPA-CI relève également les profondes disparités économiques entre les pays de la CEDEAO. Alors que le Nigeria demeure fortement dépendant des hydrocarbures, la Côte d’Ivoire et le Ghana restent exposés aux fluctuations du marché mondial du cacao, tandis que d’autres économies reposent principalement sur l’or, le coton, le tourisme ou les transferts des diasporas.

Pour Katinan Koné, ces différences rendent indispensable la mise en place de mécanismes de solidarité capables d’amortir les crises, notamment un fonds de stabilisation, des transferts budgétaires, une capacité commune d’emprunt et des dispositifs de soutien aux États ou aux banques en difficulté.

Il rappelle par ailleurs que, selon les données de l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO), un seul pays, le Cabo Verde, respectait en 2023 l’ensemble des critères macroéconomiques de premier rang fixés par la CEDEAO.

Le choix d’une monnaie commune

Face à ces contraintes, le PPA-CI propose une démarche graduelle. Le parti suggère l’instauration d’une monnaie commune destinée exclusivement aux règlements entre les États et les entreprises de la sous-région, sans supprimer immédiatement les monnaies nationales.

Cette unité de compte régionale permettrait, selon Katinan Koné, de tester les mécanismes de compensation, de renforcer les échanges commerciaux et de bâtir progressivement les institutions financières nécessaires à une future union monétaire.

Le responsable politique estime qu’un tel dispositif devrait s’appuyer sur des règles transparentes, un fonds de garantie régional et une gouvernance entièrement placée sous le contrôle des États africains.

Des interrogations sur la gouvernance du projet

L’ancien ministre évoque également les réserves suscitées par l’annonce faite en décembre 2019 de la transformation du franc CFA en ECO pour les pays de l’UEMOA. Selon lui, cette initiative a alimenté la méfiance d’une partie des États ouest-africains, qui y ont vu une anticipation du projet communautaire.

Il relève par ailleurs que le président ivoirien demeure chargé du suivi du dossier au sein de la Task force présidentielle de la CEDEAO et observe que l’échéance retenue pour 2027 coïncide avec la fin du second mandat du président français Emmanuel Macron, une concomitance qui, selon lui, nourrit le débat sur l’indépendance du processus.

En conclusion, Katinan Koné estime que le succès de l’ECO dépendra moins du respect d’un calendrier que de la capacité des économies ouest-africaines à renforcer leur intégration, à développer leurs échanges et à mettre en place des institutions communes solides. Pour le PPA-CI, une monnaie unique ne pourra être durable que si elle repose sur une véritable convergence économique et une gouvernance pleinement maîtrisée par les États de la région.

Tadina Christina