PDCI-RDA : Seri Bi N’Guessan interpelle Tidjane Thiam et appelle à un dialogue de survie

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Dans une lettre ouverte adressée au président du PDCI-RDA, Tidjane Thiam, et dont notre rédaction a eu connaissance, le vice-président Seri Bi N’Guessan dresse un constat sévère de la situation du parti au lendemain des élections législatives du 27 décembre 2025. Il y lance un appel pressant à un dialogue inclusif et urgent, estimant que le PDCI-RDA court le risque d’« une disparition progressive d’un héritage politique majeur » s’il ne se réforme pas en profondeur.

D’entrée de jeu, l’ancien cadre du parti affirme que le moment impose vérité et lucidité. « Nous sommes aujourd’hui face à une réalité que le parti ne peut plus contourner », écrit-il, précisant que sa démarche n’est ni une fronde ni une remise en cause personnelle du leadership de Tidjane Thiam, mais « l’expression responsable d’un militant profondément attaché à l’héritage politique et moral de Félix Houphouët-Boigny et d’Henri Konan Bédié ».

S’il reconnaît que le recul électoral du PDCI-RDA s’inscrit dans une trajectoire ancienne, Seri Bi N’Guessan rejette toute lecture fataliste. Chiffres à l’appui, il évoque une rupture politique : « En vingt-cinq ans, le parti a perdu près de 68 % de ses députés. Mais en à peine deux ans de gouvernance actuelle, la perte avoisine les 52 % ». Pour lui, cette accélération traduit un malaise profond lié aux choix stratégiques récents.

Le vice-président insiste particulièrement sur la déroute électorale à Yamoussoukro, bastion historique du PDCI-RDA. « Disparaître de toutes les circonscriptions, y compris rurales, n’est pas un simple accident électoral, c’est un message politique clair », avertit-il, dénonçant le décalage entre « la réalité du terrain » et « l’illusion d’une popularité entretenue sur les réseaux sociaux ».

Au-delà de l’adversité politique, Seri Bi N’Guessan invite le parti à une introspection sans complaisance. Il critique une gestion post-Bédié marquée, selon lui, par la précipitation, la tension interne et la mise à l’écart de cadres expérimentés, au détriment de la culture du dialogue qui faisait la force du PDCI-RDA. Il pointe également du doigt la prolifération des mouvements de soutien, jugés affaiblissants pour les structures statutaires, ainsi que le rôle des Hauts Représentants du Président, accusés d’avoir rompu le lien entre la direction et la base militante.

La question des exclusions, notamment celle du professeur Maurice Kakou Guikahué, est aussi au cœur de son inquiétude. « Il ne s’agit pas de défendre un homme, mais de défendre le parti », insiste-t-il, estimant que ces décisions ont conduit à la division des voix et à la perte de sièges pourtant jugés acquis.

Face à ce qu’il qualifie de tournant historique, Seri Bi N’Guessan recentre le débat : « L’enjeu n’est pas une personne, mais la survie du PDCI-RDA ». Il exhorte ainsi Tidjane Thiam à restaurer la cohésion interne à travers un dialogue inclusif et une réconciliation sincère, fidèles à l’héritage houphouëtiste fondé sur la paix et l’inclusion.

En conclusion, le vice-président affirme sa volonté de poursuivre cette interpellation « jusqu’à l’ouverture des tribunes statutaires », rappelant avec gravité que « le PDCI-RDA vaut plus qu’un homme, plus qu’une ambition, plus qu’un moment politique : il est une part de l’âme de la Côte d’Ivoire ».

Tadina Christina