Séguéla : la médiation locale face au défi persistant des conflits entre éleveurs et agriculteurs

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À Séguéla, dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire, la première réunion statutaire du Comité d’Éveil et de Suivi de la Cohésion Sociale (CESCS) a remis au centre du débat la question sensible des conflits entre éleveurs et agriculteurs. Présidée par le Médiateur-délégué pour le Worodougou et le Béré, Soro Doh Siélé, la rencontre a permis d’évaluer les efforts déjà engagés, tout en mettant en lumière la nécessité de solutions structurelles pour préserver la cohésion sociale dans la région.
La ville de Séguéla a accueilli, le 4 mars 2026, la première réunion statutaire de l’année du Comité d’Éveil et de Suivi de la Cohésion Sociale (CESCS). Cette instance locale, chargée de prévenir les tensions communautaires et d’encourager le dialogue entre les différentes composantes de la population, joue un rôle clé dans la stabilité sociale du Worodougou et du Béré.
La rencontre s’est tenue sous la présidence de Soro Doh Siélé, Médiateur-délégué pour ces deux régions administratives. Dans son intervention liminaire, il a dressé le bilan des actions menées par le comité au cours de l’année précédente. Plusieurs avancées ont été enregistrées, notamment dans la prévention de certains conflits communautaires et dans la promotion du dialogue entre leaders locaux.
Cependant, malgré ces résultats encourageants, un problème demeure particulièrement préoccupant : les tensions récurrentes entre agriculteurs et éleveurs.
Dans de nombreuses zones rurales de Côte d’Ivoire, les conflits liés à l’accès aux terres et aux ressources naturelles constituent l’une des principales sources d’instabilité locale. La région du Worodougou et celle du Béré ne font pas exception.
Ces tensions apparaissent généralement lorsque les troupeaux traversent des zones agricoles, provoquant parfois la destruction de cultures. En retour, des représailles ou des affrontements peuvent survenir entre agriculteurs et éleveurs.
Lors de la réunion de Séguéla, ce problème a été identifié comme un facteur majeur susceptible d’affaiblir la cohésion sociale dans la région. Les participants ont ainsi insisté sur la nécessité de solutions durables afin d’éviter l’escalade des conflits.
Parmi les pistes évoquées figure la création de zones pastorales clairement identifiées. Cette proposition a été portée par Ali Bah, président des éleveurs de la localité.
Selon lui, l’absence d’espaces dédiés à l’élevage constitue l’une des causes profondes des tensions. La mise en place de zones pastorales dans les différentes régions du pays permettrait de mieux organiser la transhumance et de limiter les intrusions de troupeaux dans les exploitations agricoles.
Il a également proposé la déclassification d’environ cent hectares dans le Parc national de la Marahoué afin de les mettre à la disposition des éleveurs du Worodougou et du Béré. Une telle mesure offrirait un espace supplémentaire pour le pâturage du bétail et contribuerait à réduire les tensions avec les agriculteurs.
Au-delà de la dimension sociale, cette proposition comporte aussi un enjeu économique. Selon Ali Bah, si les éleveurs sont contraints de déplacer leurs troupeaux vers les pays voisins, la disponibilité du bétail pourrait diminuer sur le marché national. Une telle situation risquerait d’entraîner une hausse significative du prix de la viande pour les consommateurs ivoiriens.
Face à ces défis, Soro Doh Siélé a mis l’accent sur un autre levier essentiel : la sensibilisation des acteurs aux dispositions légales encadrant les relations entre éleveurs et agriculteurs.
Selon lui, de nombreux conflits résultent d’une méconnaissance des textes existants. Une meilleure diffusion de l’information juridique, accompagnée de formations adaptées, pourrait favoriser une gestion plus pacifique des différends.
Le Médiateur-délégué a ainsi appelé les membres du comité à renforcer leurs actions de sensibilisation dans les villages et les zones rurales. L’objectif est d’encourager les communautés à privilégier la médiation et le dialogue plutôt que la confrontation.
La réunion s’est également déroulée dans un contexte marqué par les périodes de jeûne et de recueillement observées par les communautés chrétiennes et musulmanes. À cette occasion, le Médiateur-délégué a remis des kits alimentaires aux membres du comité.
Ce geste symbolique vise à renforcer la solidarité entre les acteurs engagés dans la promotion de la paix sociale. Il traduit également la volonté des autorités locales d’accompagner les initiatives de dialogue et de prévention des conflits.
Au-delà de la seule région de Séguéla, la problématique des conflits entre éleveurs et agriculteurs constitue un enjeu majeur pour plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Elle touche à la gestion des ressources naturelles, à l’organisation des espaces ruraux et à la coexistence entre différentes activités économiques.
Les discussions menées au sein du CESCS montrent que les solutions devront combiner plusieurs approches : organisation des espaces pastoraux, sensibilisation juridique, médiation communautaire et politiques publiques adaptées.
Dans cette perspective, la réunion de Séguéla apparaît comme une étape importante dans la recherche d’un équilibre durable entre agriculture et élevage. Car au-delà des enjeux économiques, c’est bien la cohésion sociale et la stabilité des communautés rurales qui sont en jeu.
I.inter