Tentative de putsch au Bénin : Patrice Talon met le Niger face à ses responsabilités

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Le ton est monté d’un cran entre Cotonou et Niamey. Le président béninois Patrice Talon a publiquement sommé les autorités nigériennes de livrer les auteurs présumés de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, soupçonnés de s’être réfugiés au Niger. À défaut, le chef de l’État béninois avertit : le refus de coopération pourrait être interprété comme une preuve de complicité.

S’exprimant le jeudi 18 décembre, Patrice Talon a confirmé que des mandats d’arrêt ont été lancés contre les putschistes en fuite et que des demandes officielles ont été adressées aux pays concernés. « Nous avons sollicité les États concernés pour coopérer et nous livrer ces individus », a-t-il déclaré, visant sans le nommer le régime du général Abdourahamane Tiani, président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) au Niger.

« S’il refuse, alors tirez-en les conclusions qui s’imposent », a averti Patrice Talon, dans un message sans équivoque à l’adresse de Niamey. Pour le président béninois, seule la remise du principal suspect, le colonel Pascal Tigri, permettrait de dissiper les soupçons pesant sur le Niger.

Des mouvements militaires nigériens avant l’attaque

Ces accusations trouvent un écho troublant dans plusieurs éléments d’enquête. Selon des informations concordantes, deux unités des Forces armées nigériennes (FAN) auraient été déployées à Gaya, ville frontalière du Bénin, dès le vendredi 5 décembre, soit deux jours avant l’attaque manquée à Cotonou.

Ce déploiement, ordonné par le chef d’état-major de l’armée de terre nigérienne, le général Mamane Sani Kiao, aurait été placé sous le commandement d’un officier spécialement dépêché depuis Maradi. La mission officielle de ces troupes n’a jamais été rendue publique. Fait notable, ces unités auraient reçu l’ordre de se replier immédiatement après l’échec du putsch, dans la nuit du 7 au 8 décembre.

Autre élément jugé préoccupant par les enquêteurs : le retrait inexpliqué, le samedi 6 décembre, des conteneurs bloquant le pont frontalier entre Gaya et Malanville, facilitant un éventuel passage de troupes ou de convois.

Uranium ou soutien militaire : les hypothèses des enquêteurs

Deux scénarios principaux sont explorés. Le premier évoque la sécurisation du transit de l’uranium nigérien via le port de Cotonou, un dossier hautement sensible dans les relations bilatérales. Les troupes déployées auraient été destinées à escorter ce convoi en cas de succès du putsch.

La seconde hypothèse est plus grave : ces unités auraient constitué une force d’appui destinée à consolider un régime putschiste à Cotonou, en anticipation d’une éventuelle réaction militaire de la CEDEAO.

Le rôle central du colonel Tigri

Au cœur du dossier figure le colonel Pascal Tigri, présenté comme le cerveau de la tentative de déstabilisation. Des sources sécuritaires évoquent des contacts avérés entre Tigri, ses hommes et des intermédiaires nigériens réputés proches du général Tiani et du patron du renseignement nigérien, Balla Arabé.

Selon ces informations, des soutiens financiers auraient été apportés depuis Niamey. Des mouvements suspects ont également été signalés dans une villa ministérielle sécurisée de Niamey, à proximité du palais présidentiel, où des allers-retours de véhicules officiels et un renforcement de la garde laissent supposer la présence de personnalités recherchées. Balla Arabé se serait récemment installé dans ce périmètre sensible.

Ultimatum diplomatique et crise régionale en vue

Dans son adresse, Patrice Talon a laissé une porte entrouverte :
« J’ose espérer que Tiani livrera le colonel Tigri. C’est la seule chose qui le disculpera d’être impliqué dans ce projet lâche. »

Pour de nombreux observateurs, cette exigence place Niamey devant un choix stratégique majeur : coopérer avec Cotonou au risque de tensions internes, ou protéger les fugitifs et assumer une rupture diplomatique lourde de conséquences.

La perspective d’une extradition de Pascal Tigri apparaît toutefois incertaine. Si le refus se confirme, les relations déjà fragilisées entre le Bénin et le Niger pourraient basculer dans une crise ouverte, sur fond de rivalités sécuritaires, de routes commerciales et d’influence régionale en Afrique de l’Ouest.

I.inter