Filière pêche : la Côte d’Ivoire renforce les contrôles après la baisse du prix des cartons de poisson importé

Vues 3 551

 

Le prix des cartons de maquereau et de chinchard importés est désormais fixé à 31 500 FCFA, contre 36 500 FCFA précédemment. Cette réduction de 5 000 FCFA s’accompagne d’un dispositif de contrôle renforcé visant le respect des prix, la conformité du poids des marchandises et l’organisation de la distribution. S’exprimant le samedi 24 octobre 2026 à Abidjan, Habdramane Coulibaly, directeur exécutif de l’Interprofession de la filière pêche de Côte d’Ivoire, a détaillé les mesures annoncées par les autorités et les irrégularités qui restent à examiner.

Prix réglementés : des sanctions annoncées en cas de non-respect

La baisse du prix des cartons de maquereau et de chinchard importés fait suite aux échanges entre le ministère de tutelle et les acteurs de la filière. Elle intervient dans un contexte de tensions autour du coût du poisson et des conditions de commercialisation.

Selon Habdramane Coulibaly, les premières applications des dispositions gouvernementales ont été observées dès le lendemain de leur annonce. Le responsable a toutefois souligné que leur respect ferait l’objet d’une surveillance accrue.

« Ceux qui ne respecteront pas les dispositions prises ne s’en tireront pas simplement avec une amende. Leur cargaison pourra être saisie dans un délai d’une à deux heures », a-t-il averti.

Cette annonce place la conformité des pratiques commerciales au centre du dispositif. La mise en œuvre effective des contrôles devra permettre de vérifier les prix appliqués et de constater les éventuels manquements sur les différents points de vente.

La métrologie, un levier de protection des acteurs

Au-delà des prix, l’Interprofession a signalé des irrégularités présumées concernant le poids des cartons. Certaines commerçantes affirment que des produits présentés comme pesant 20 kg n’en contiendraient que 17.

Une telle différence affecte directement la quantité commercialisable et peut réduire les marges des détaillants. Elle pose également une question de transparence dans les transactions entre fournisseurs et acheteurs.

Pour répondre à ces préoccupations, le ministre a décidé de relancer les contrôles métrologiques sur l’ensemble du territoire national. D’après Habdramane Coulibaly, les cargaisons des fournisseurs chez lesquels des irrégularités seraient constatées pourraient être saisies.

La vérification du poids effectif des marchandises apparaît ainsi comme un complément indispensable au contrôle des prix : une tarification encadrée ne garantit pas, à elle seule, la conformité des quantités livrées.

Les infrastructures de stockage au cœur des mesures envisagées

Le dispositif annoncé pourrait également concerner les chambres froides. Selon le directeur exécutif de l’Interprofession, le ministre envisage, dans certaines situations, de récupérer ces infrastructures pour les confier à de jeunes Ivoiriens.

Cette orientation est présentée comme un moyen de favoriser le renouvellement des acteurs de la filière. Les modalités précises de mise en œuvre et les conditions dans lesquelles ces infrastructures pourraient être concernées n’ont toutefois pas été détaillées dans les informations communiquées.

L’Interprofession prévoit par ailleurs de mobiliser ses représentants sur le terrain et appelle les consommateurs à signaler les éventuels manquements aux prix fixés.

Clarifier les responsabilités dans la chaîne de distribution

La structuration des circuits commerciaux constitue un autre axe de réflexion. Selon Habdramane Coulibaly, certains opérateurs cumuleraient les fonctions d’importateur, de grossiste et de détaillant, ce qui pourrait brouiller la répartition des responsabilités et compliquer la formation des prix.

« L’importateur doit rester importateur, l’intermédiaire doit jouer son rôle de distributeur et le détaillant doit approvisionner les consommateurs », a-t-il expliqué.

La clarification des fonctions de chaque catégorie d’acteurs vise à améliorer la traçabilité des transactions et à favoriser une distribution plus transparente. Elle pourrait également faciliter l’identification des coûts à chaque étape, de l’importation jusqu’à la vente au consommateur.

Transport et coûts d’approvisionnement : des investigations annoncées

L’Interprofession examine également les signalements faisant état de possibles pertes de poisson pendant le transport entre le port, les lieux de destination et les marchés. Des importateurs évoquent des produits qui pourraient être soustraits au cours de ces déplacements.

Des investigations sont annoncées afin de vérifier ces déclarations et d’établir, le cas échéant, les responsabilités. Les opérateurs ont par ailleurs été invités à transmettre leurs factures et leurs pièces justificatives pour éclairer les causes de la hausse récemment observée.

Les analyses doivent notamment porter sur les coûts d’importation, le transport, la manutention, la conservation et les mécanismes de distribution. Ces éléments sont déterminants pour comprendre la formation du prix final et distinguer les charges justifiées des éventuelles irrégularités.

Un enjeu de régulation économique et d’accès au poisson

La baisse du prix des cartons à 31 500 FCFA constitue une mesure d’encadrement du marché, mais sa portée dépendra de son application tout au long de la chaîne commerciale.

Pour produire des effets durables, le dispositif devra articuler contrôle des prix, vérification des quantités, transparence des coûts et clarification des responsabilités. La concertation entre les pouvoirs publics, les importateurs, les distributeurs et les commerçants demeure également nécessaire pour préserver la régularité de l’approvisionnement.

L’objectif affiché est de contribuer à une commercialisation plus transparente et à un accès plus abordable au poisson pour les populations. Les résultats des contrôles et des investigations permettront de mieux apprécier les effets de ces mesures sur le fonctionnement de la filière.

Tadina Christina