Abidjan, capitale de l’intégration : la CEDEAO passe à l’offensive pour concrétiser son marché commun et sécuriser l’avenir économique ouest-africain

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Abidjan s’impose, depuis le 28 avril 2026, comme le laboratoire stratégique de l’intégration ouest-africaine. La Commission de la CEDEAO y a lancé une série de rencontres de haut niveau réunissant experts, responsables étatiques, acteurs économiques et partenaires institutionnels autour d’un défi majeur : faire passer l’Afrique de l’Ouest du stade des ambitions régionales à celui d’un véritable marché commun opérationnel.

Pendant plusieurs jours, la capitale économique ivoirienne accueille des travaux décisifs destinés à harmoniser les politiques nationales dans des secteurs clés, avec pour cap une intégration économique plus profonde, capable de stimuler durablement le commerce intra-régional et de renforcer la résilience de la sous-région.

Placée sous le thème : « Bâtir le marché commun de la CEDEAO : Renforcer le commerce intra-régional des produits alimentaires en Afrique de l’Ouest », cette rencontre stratégique traduit la volonté des quinze États membres d’accélérer la mise en œuvre de la Vision 2050 de la CEDEAO, en cohérence avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Au programme : agriculture, commerce, investissement, gouvernance, environnement, gestion des déchets plastiques et modernisation des frontières — autant de leviers jugés essentiels pour transformer la région en un espace économique plus cohérent et compétitif.

Ouvrant les travaux, Hermore Sahr, vice-ministre sierra-léonais de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, a délivré un message sans équivoque : l’heure est à l’action collective.

Pour lui, aucun État ne peut, à lui seul, relever les défis structurels auxquels la région est confrontée, qu’il s’agisse de sécurité alimentaire, de fluidité commerciale ou de stabilité économique.

Il a particulièrement insisté sur l’urgence de faire de l’agriculture un moteur central de l’intégration régionale, appelant à la suppression rapide des obstacles non tarifaires, à l’harmonisation des normes douanières et à une meilleure cohérence des politiques agricoles nationales.

Dans cette vision, la circulation des produits alimentaires doit devenir plus fluide afin de réduire les vulnérabilités des marchés et d’assurer une sécurité alimentaire durable à l’échelle régionale.

Représentant la Côte d’Ivoire, Jean Louis Moulot, au nom du ministre de l’Intégration africaine, a rappelé que la libre circulation des personnes et des biens constitue l’une des plus grandes réussites de la CEDEAO, mais qu’elle doit désormais être consolidée par des systèmes frontaliers modernes, sécurisés et interconnectés.

Pour les autorités ivoiriennes, l’intégration régionale ne saurait rester un principe abstrait : elle exige des outils technologiques, des mécanismes institutionnels efficaces et une volonté politique forte pour produire des résultats visibles.

Le ton a également été donné par Khalilou Sylla, représentant du président de la Commission de la CEDEAO, qui a dénoncé le paradoxe régional : malgré une production céréalière record de 80 millions de tonnes en 2025, l’Afrique de l’Ouest demeure exposée à des crises alimentaires répétées.

Pour lui, cette contradiction révèle les limites d’un potentiel encore mal structuré et insuffisamment coordonné.

Face à cette réalité, il a exhorté les États membres à sortir définitivement de la logique des engagements de principe pour bâtir un écosystème régional concret, capable de transformer les ressources disponibles en prospérité partagée.

Ces assises d’Abidjan pourraient ainsi marquer un tournant majeur dans l’histoire de l’intégration régionale, en posant les bases d’une nouvelle génération de coopération axée sur des résultats mesurables.

À travers cette mobilisation, la CEDEAO réaffirme une conviction : l’avenir de l’Afrique de l’Ouest dépendra de sa capacité à renforcer ses chaînes de valeur régionales, sécuriser ses frontières, fluidifier son commerce et faire de l’unité économique une réalité tangible pour ses populations.

Tadina Christina