Après la dissolution de la CEI: quelle suite ? Le FOSCAO-CI place le gouvernement face au test de la réforme électorale

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La dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), décidée par le gouvernement ivoirien le 6 mai 2026, ne constitue pas une fin en soi. Pour le Forum des organisations de la société civile de l’Afrique de l’Ouest – Côte d’Ivoire, cette décision marque surtout l’ouverture d’une phase critique : celle de la reconstruction d’un système électoral crédible, inclusif et capable de restaurer la confiance politique.
Dans un contexte où la CEI a longtemps cristallisé critiques, tensions et soupçons de partialité, l’organisation de la société civile appelle désormais à transformer cette rupture institutionnelle en réforme structurelle réelle.
Dans son communiqué signé par Drissa Soulama, le FOSCAO-CI dit prendre acte de la disparition de la CEI, mais insiste sur un point essentiel : sans feuille de route claire, la dissolution seule ne garantit ni transparence ni amélioration démocratique.
L’organisation demande donc au gouvernement de publier rapidement un calendrier précis pour la mise en place de la future commission électorale, afin d’éviter toute zone d’ombre sur le processus.
Cette demande traduit une préoccupation de fond : dans l’histoire politique ivoirienne, les crises électorales ont souvent moins résulté de l’existence d’institutions que du déficit de confiance dans leur impartialité.
Depuis sa création en 2001, la CEI était censée garantir l’organisation et la supervision des élections. Mais au fil des années, son fonctionnement a été régulièrement contesté par plusieurs partis de l’opposition et des organisations citoyennes, qui dénonçaient un déséquilibre institutionnel et une influence excessive du pouvoir politique.
Les controverses ayant entouré les élections générales de 2025 — entre critiques sur la liste électorale, absence de révision et boycott de certains acteurs — ont renforcé l’idée qu’une réforme plus profonde devenait inévitable.
Pour le FOSCAO-CI, la disparition de l’ancienne structure ne prendra tout son sens que si la nouvelle commission repose sur :
L’un des points majeurs du décryptage du FOSCAO-CI concerne l’inclusivité du futur processus. L’organisation demande des consultations élargies avec :
Cette approche vise à éviter que la nouvelle commission ne soit perçue comme une simple reconfiguration administrative décidée d’en haut.
Au-delà des mécanismes institutionnels, l’enjeu est profondément politique. La future architecture électorale devra répondre à une interrogation essentielle : comment garantir que les prochaines échéances électorales soient perçues comme justes par l’ensemble des parties prenantes ?
Pour de nombreux observateurs, c’est la confiance collective — plus encore que la structure juridique — qui déterminera le succès ou l’échec de cette transition.
En réclamant un calendrier public, transparent et participatif, le FOSCAO-CI rappelle que la réforme électorale ivoirienne ne peut plus se limiter à des ajustements symboliques.
La dissolution de la CEI représente peut-être une opportunité historique de rebâtir un système plus consensuel. Mais elle expose aussi le pouvoir à une exigence forte : prouver que cette décision n’est pas un simple changement de façade, mais bien le point de départ d’une refondation démocratique.
Pour la Côte d’Ivoire, l’après-CEI pourrait ainsi devenir soit un nouveau socle de stabilité, soit un nouveau terrain de méfiance politique. Tout dépendra désormais de la méthode.
Tadina Christina