Finances publiques en Côte d’Ivoire : l’excédent de 2025 à l’épreuve des irrégularités relevées par la Cour des comptes

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Avec un solde global excédentaire de 369,07 milliards de FCFA en 2025, les comptes de l’État ivoirien affichent un résultat positif. Pourtant, le rapport de la Cour des comptes met en évidence des insuffisances dans la gestion budgétaire, des difficultés de mobilisation des ressources et des retards dans plusieurs projets publics. Un bilan qui souligne la nécessité de mieux relier l’exécution financière aux résultats concrets de l’action publique.
L’excédent global enregistré par l’État ivoirien en 2025 ne suffit pas à résumer la situation des finances publiques. Derrière le solde positif de 369,07 milliards de FCFA, la Cour des comptes a relevé des faiblesses qui touchent aussi bien les procédures budgétaires que la mobilisation des recettes et l’exécution de certains investissements.
Ces constats figurent dans le rapport sur l’exécution du budget de l’État, présenté mercredi 28 octobre 2026 à Abidjan par le président de l’institution, Kanvaly Diomandé.
Selon les chiffres communiqués, l’exercice 2025 s’est achevé sur un déficit budgétaire de 2 210,17 milliards de FCFA, compensé par un excédent de trésorerie de 2 579,25 milliards. La différence entre ces deux soldes fait ressortir un résultat global excédentaire.
Cette présentation appelle toutefois une distinction entre l’équilibre global des comptes et la qualité de la gestion budgétaire. Un solde positif ne signifie pas nécessairement que toutes les procédures ont été respectées, que les recettes prévues ont été intégralement recouvrées ou que les projets programmés ont été réalisés.
Une exécution budgétaire marquée par des irrégularités de procédure
La Cour des comptes pointe plusieurs insuffisances dans la préparation et l’exécution du budget. Parmi elles figurent des divergences entre les données relatives aux modifications budgétaires transmises par les ministères techniques et celles du ministère chargé des Finances.
L’institution relève également le recours récurrent aux lettres d’avance pour modifier les crédits, des modifications budgétaires intervenues après la clôture de l’exercice et l’absence de certains décrets de transfert de crédits.
Ces observations mettent en lumière l’importance du respect du cadre budgétaire. Les autorisations de dépenses et les procédures de modification des crédits permettent en effet d’assurer la traçabilité des décisions et de renforcer le contrôle sur l’utilisation des ressources publiques.
La Cour a aussi relevé des insuffisances dans les prévisions de certaines recettes. À cela s’ajoutent une contre-performance du droit unique de sortie sur le cacao et des difficultés de recouvrement de recettes fiscales liées à la requalification de 122 recettes de services.
L’ensemble de ces constats souligne un double enjeu : établir des prévisions plus réalistes et améliorer la capacité de l’administration à recouvrer les recettes attendues.
Des financements mobilisés, mais des projets qui tardent à aboutir
Au-delà des procédures, l’exécution de certains investissements constitue un autre point de vigilance. La Cour a signalé l’inexécution de projets financés sur ressources extérieures, ce qui pose la question du passage entre les financements prévus et les réalisations effectives.
Elle a également relevé le non-respect des autorisations budgétaires relatives aux émissions de titres publics sur les marchés monétaires et financiers intérieurs, ainsi que l’insuffisance de pièces justificatives concernant certaines créances de l’État sur des entreprises débitrices.
Ces observations rappellent que la performance des finances publiques ne se mesure pas uniquement au volume des ressources mobilisées. Elle dépend aussi de la régularité des opérations, de la justification des créances et des dépenses, ainsi que de l’achèvement des projets annoncés.
La dette publique progresse, malgré le respect du plafond communautaire
À fin 2025, l’encours de la dette publique est évalué à 33 159 milliards de FCFA, contre 31 416 milliards en 2024, selon les chiffres présentés dans le rapport. Il représente 57,8 % du produit intérieur brut (PIB), un niveau inférieur au plafond communautaire de 70 % fixé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Le respect de ce plafond constitue un repère important, mais il ne dispense pas d’une surveillance de l’évolution de l’endettement. L’augmentation de l’encours renforce notamment l’importance d’une mobilisation efficace des recettes et d’une utilisation rigoureuse des financements.
L’enjeu consiste à préserver les équilibres financiers tout en s’assurant que les ressources empruntées contribuent effectivement au développement des infrastructures et à l’amélioration des services publics.
Un taux de réalisation des objectifs de 80 %, avec des limites persistantes
L’audit de performance des budgets-programmes a porté sur 153 programmes, dont 34 relevant des comptes spéciaux du Trésor, répartis entre 33 sections budgétaires.
D’après les résultats présentés par la Cour, le taux global de réalisation des objectifs s’est établi à 80 % en 2025. Par ailleurs, 25 départements ministériels sur 33 ont enregistré un taux d’exécution budgétaire supérieur à 90 %.
Ces indicateurs traduisent une progression de la culture du résultat dans l’administration publique. Ils doivent cependant être interprétés avec prudence : le taux d’exécution des crédits mesure la consommation du budget, tandis que la réalisation des objectifs porte sur l’atteinte des résultats prévus.
La Cour a notamment relevé que la mobilisation des financements extérieurs n’avait atteint que 50 %. Elle a également signalé la faible présence des indicateurs d’impact, leur alignement insuffisant sur les Objectifs de développement durable (ODD) et la non-atteinte de certaines cibles sensibles au genre.
La difficulté ne réside donc pas seulement dans la capacité à dépenser les crédits disponibles, mais aussi dans la mesure des effets des politiques publiques et dans l’évaluation des bénéfices obtenus pour les populations.
Eau, déchets et électricité : des insuffisances relevées dans des secteurs essentiels
Les audits spécifiques conduits dans certains ministères illustrent les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des programmes.
Au ministère de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité (MINHAS), la Cour a relevé des défaillances dans la gouvernance des programmes et des insuffisances dans la réalisation de projets hydrauliques. Elle a notamment signalé la non-réalisation du projet d’alimentation en eau potable d’Abobo et des localités environnantes, ainsi que des difficultés liées à la construction d’infrastructures modernes de gestion des déchets solides.
Au ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie (MMPE), les observations portent sur les retards dans la mise en œuvre des centres régionaux de conduite du transport d’électricité à Abidjan, Bouaké et Man. La Cour a également mentionné le projet BEST d’accès à l’électricité, des dysfonctionnements du réseau électrique, le déploiement des capacités de production et la faible contribution des énergies renouvelables au mix énergétique.
Ces constats mettent en évidence l’importance du suivi des investissements publics, particulièrement dans des domaines qui conditionnent l’accès aux services essentiels. Ils soulignent aussi la nécessité de mieux identifier les causes des retards et de renforcer le suivi des engagements pris par les administrations concernées.
Des recommandations dont une partie reste inappliquée
Le bilan du suivi des recommandations antérieures révèle des avancées, mais aussi des insuffisances persistantes. Sur 92 recommandations formulées, 62 ont été mises en œuvre, six partiellement exécutées et 24 n’ont pas été appliquées.
Cette situation montre que le contrôle des comptes doit être accompagné d’un suivi effectif des mesures correctives. La répétition de certaines faiblesses peut limiter la portée des recommandations si leur mise en œuvre n’est pas suffisamment suivie.
Malgré ses observations, la Cour a estimé que les programmes de l’exercice 2025 avaient été globalement exécutés de manière satisfaisante, sous réserve de la prise en compte de ses remarques. Elle a également déclaré la conformité entre les comptes des ordonnateurs et ceux des comptables publics au titre de la gestion 2025, sous réserve des erreurs et irrégularités susceptibles d’être relevées lors de l’apurement des comptes des comptables principaux de l’État.
L’institution a recommandé au ministre de l’Économie, des Finances et du Budget de veiller au respect des autorisations budgétaires, d’adapter les prévisions aux capacités réelles de mobilisation des ressources, d’améliorer le rendement des recettes et de respecter les procédures de modification du budget.
Au terme de cet examen, le solde global excédentaire constitue donc un élément du bilan financier de 2025, mais ne saurait effacer les insuffisances signalées. Le défi pour les finances publiques ivoiriennes reste de conjuguer discipline budgétaire, mobilisation des recettes, transparence des opérations et réalisation effective des projets afin que les ressources de l’État se traduisent par des résultats mesurables.
Kom Firmin
