Pharmacopée africaine : les recherches sur le Zézépagnon apportent de premières données expérimentales

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Des chercheurs ont présenté, le 14 octobre 2026 à Abidjan, des résultats d’analyses portant sur la qualité, la toxicité aiguë et l’activité cytotoxique du Zézépagnon, une préparation traditionnelle consommée en Côte d’Ivoire. Les données exposées par le docteur Richard Sawadogo constituent une étape dans son évaluation scientifique, alors que des études complémentaires restent nécessaires pour préciser son profil de sécurité et son potentiel thérapeutique.
La recherche sur les préparations issues de la pharmacopée africaine a occupé une place dans les échanges scientifiques organisés à l’Institut national de santé publique (INSP), à Adjamé. Le 14 octobre 2026, au deuxième jour du 47e Congrès annuel de la Société ouest-africaine de pharmacologie, couplé à la 2e Journée de pharmacologie et de la pharmacovigilance, le docteur Richard Sawadogo a présenté des résultats expérimentaux consacrés au Zézépagnon.
Cette préparation traditionnelle, développée par le professeur ivoiro-américain Alain Tagro Talou, est commercialisée et consommée pour diverses indications revendiquées, notamment contre des maladies graves. Les travaux présentés visaient à apporter des données sur la qualité des échantillons, leur sécurité et leurs effets sur des cellules cancéreuses.
Le contrôle de qualité comme préalable
Selon Richard Sawadogo, chercheur senior à l’Institut de recherche en sciences de la santé de Ouagadougou et chercheur associé au Tang Center for Herbal Medicine Research de l’Université de Chicago, les investigations ont commencé par une série d’analyses microbiologiques et physico-chimiques.
Les échantillons examinés auraient satisfait aux spécifications de qualité évaluées, en référence aux 8e et 11e éditions de la Pharmacopée européenne. Ces résultats apportent des éléments de caractérisation pour les lots analysés, sans pour autant établir que toutes les préparations commercialisées présentent les mêmes propriétés.
La standardisation des matières premières, la traçabilité, la reproductibilité des procédés de fabrication et le contrôle régulier des produits constituent en effet des enjeux importants pour l’évaluation scientifique et réglementaire des préparations traditionnelles.
Des essais précliniques à approfondir
L’équipe de recherche a également réalisé des tests de toxicité aiguë chez la souris. D’après les résultats présentés, aucun signe de toxicité aiguë ni aucun décès n’ont été constatés au cours des 14 jours de suivi après l’administration d’une dose unique de 2 000 mg/kg.
Les chercheurs ont par ailleurs étudié l’activité d’extraits de la préparation sur des cellules cancéreuses cultivées en laboratoire. Une diminution de leur viabilité a été rapportée lorsque les concentrations augmentaient, notamment sur des cellules associées aux cancers du côlon, du sein et de la prostate. Selon le conférencier, aucune toxicité n’a été observée sur les cellules normales dans les conditions étudiées.
Ces observations constituent des données précliniques. Elles ne permettent pas encore de conclure à une efficacité thérapeutique chez l’être humain, ni d’établir les doses, les conditions d’utilisation ou les risques potentiels d’une consommation prolongée.
Vers une meilleure documentation de la pharmacopée africaine
Les chercheurs prévoient de poursuivre les travaux, notamment par une étude de toxicité à doses répétées sur 28 jours et des investigations visant à déterminer les mécanismes d’action des extraits.
Cette démarche s’inscrit dans les enjeux de valorisation scientifique de la pharmacopée africaine. Pour que les préparations traditionnelles puissent être évaluées de manière rigoureuse, leurs effets doivent être documentés par des protocoles reproductibles, des données suffisamment complètes et des étapes successives d’évaluation de la sécurité et de l’efficacité.
La présentation du Zézépagnon met ainsi en évidence l’intérêt de soumettre les remèdes traditionnels à des investigations scientifiques structurées. Elle rappelle également la nécessité de distinguer les résultats expérimentaux préliminaires d’un traitement dont l’efficacité et la sécurité auraient été démontrées chez les patients.
L’enjeu, pour la recherche et la santé publique, est de favoriser l’innovation sans créer d’attentes thérapeutiques prématurées, particulièrement lorsqu’il s’agit de maladies graves comme le cancer.
I.inter
