Songon M’Bratté en Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo annonce le transfert prochain de ses pouvoirs au PPA-CI sans désigner d’héritier

Vues 6 832

À peine réélu à la tête du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), Laurent Gbagbo amorce déjà un tournant stratégique dans l’organisation de sa formation politique. Samedi, lors de la 4e édition de la Fête de la renaissance organisée à Songon M’Bratté, en périphérie d’Abidjan, l’ancien président ivoirien a annoncé devant une foule de militants sa décision de déléguer prochainement ses pouvoirs de président du parti, tout en excluant, pour l’instant, toute idée de succession officielle.

Face à des milliers de partisans mobilisés, le leader du PPA-CI a tenu à lever toute ambiguïté sur la portée de cette annonce. « Après ce congrès, je vais déléguer les pouvoirs du président », a-t-il affirmé, avant d’ajouter : « Je n’ai pas dit que je vais nommer mon successeur. Je vais déléguer mes pouvoirs pour que celui qui sera choisi s’asseye au volant et fasse toutes les courses de Laurent Gbagbo. »

À travers cette déclaration, Laurent Gbagbo dessine les contours d’une réorganisation interne où il entend conserver la maîtrise politique et idéologique du parti, même en confiant certaines prérogatives à une autre personnalité. Une manière de préparer l’avenir sans céder immédiatement les commandes.

Cette sortie intervient au lendemain de son triomphe au premier congrès ordinaire du PPA-CI, tenu les 14 et 15 mai à Abidjan, où il a été reconduit sans opposition à la présidence du parti. Pourtant, quelques mois plus tôt, l’ex-chef de l’État avait laissé entendre son intention de prendre du recul, avant de revenir sur sa décision sous l’insistance des militants et cadres. Le 7 mai dernier, lors d’un Comité central extraordinaire, il avait déjà donné le ton : « Je reste avec vous pour continuer le combat. »

Mais cette reconduction s’inscrit dans un climat de fortes secousses internes. Depuis plusieurs mois, le PPA-CI est traversé par des tensions liées à des divergences stratégiques, notamment après les législatives de décembre 2025. Plusieurs cadres ayant défié la ligne du boycott ont été sanctionnés. Stéphane Kipré, Arthur Dally, Blaise Lasme et d’autres responsables ont écopé de suspensions allant de 12 à 18 mois.

Plus radical encore, Ahoua Don Mello, ancien vice-président du parti, a été définitivement exclu avec Antoine Kanga et Fernand Ahilé pour insubordination et violation des orientations du parti, notamment après sa candidature à la présidentielle de 2025 malgré le soutien officiel du parti à Laurent Gbagbo.

Dans ce contexte, l’annonce de la délégation des pouvoirs apparaît comme une manœuvre politique majeure. Entre gestion des ambitions internes, maintien de l’autorité et préparation d’une nouvelle architecture de commandement, Laurent Gbagbo tente de consolider son emprise sur le PPA-CI tout en organisant progressivement son futur politique, alors que son propre destin électoral demeure suspendu à une éventuelle décision du pouvoir en place.

Tadina Christina